QU'ENTEND-ON
PAR PRODUITS NATURELS?
La
publicité française pour les produits cosmétiques
nous assure que la nature veille désormais sur la beauté
et la santé de notre corps, suggérant que chaque
produit vanté saura nous apporter ces fameux éléments
bienfaiteurs naturels. Qu’en est-il vraiment ?
Le
marketing de la nature :
La forte tendance actuelle au retour à la nature, et
à ses valeurs de bienfaits et de protection, a incité
depuis quelques années les industriels à proposer
des gammes cosmétiques prétendument composées
d’ingrédients naturels. Ces produits réussissent
souvent le tour de force remarquable de rassembler sous un
même flambeau : bien-être et beauté, sagesse
de la tradition et avant-garde technologique. Bref, la fusion
retrouvée avec la nature et l’idéalisme
technologique de l’homme moderne.
Les
fabricants utilisent 4 arguments principaux
pour leurs produits de beauté dits naturels : le côté
« nature », le côté « soin
», le côté « artisanat et tradition
», et le côté « technologie de pointe
» :
–
par « nature », on sous-entend que ces produits
vous livrent la nature telle que, dans toute sa bonté
et sa générosité de déesse mère
;
–
par « soin », on affirme que des principes actifs
vont soigner votre peau ou vos cheveux par définition
malades et pouvant être soignés de l’extérieur
;
–
par « artisanat et tradition », on prétend
que les produits sont élaborés par des procédés
traditionnels hérités de la sagesse populaire
du passé ;
–
par « technologie de pointe », enfin, on vous
rassure, la nature étant domptée et sous bonne
garde, on vous désigne comme récipiendaire privilégié(e)
de ce qui se fait de mieux sur le moment.
Vérités
et mensonges des efficacités présumées
:
Contrairement à ce que vantent la plupart des publicités,
la qualité d’un produit de beauté se trouve
d’abord dans les matières de bases – excipient,
base lavante – et non dans les principes actifs mis
en valeur sur les étiquettes, et qui représentent
généralement un pourcentage infime (parfois
1 pour mille : acide hyaluronique pour l’hydratation
de la peau, vitamine H…).
En
effet, les matières grasses végétales
brutes et les cires naturelles utilisées comme excipient
sont elles-mêmes une mine de principes actifs : elles
aident la peau à reconstituer sa protection hydrolipidique
en fixant l’humidité, et facilitent l’absorption
d’autres agents actifs. L’huile de paraffine,
est par contre l’exemple type d’un déchet
de l’industrie du pétrole très couramment
utilisé en cosmétique, purifié mais sans
aucune action positive.
En
outre, les principes actifs mis en avant sont rarement assimilés
directement par la peau et n’ont d’efficacité
très souvent que marketing : les molécules de
collagène, par exemple, sont trop grosses pour pénétrer
à l’intérieur du tissu conjonctif qu’elles
sont sensées rajeunir, et n’ont qu’un effet
hydratant (et encore…) ; la kératine des cheveux,
elle, est une protéine morte qui ne peut absorber ni
vitamines ni protéines ni acides de fruits, ni rien
: les substances coiffantes ne font que colmater les brèches
des cheveux abîmés sans les réparer en
aucune manière.
Soulignons
que les ingrédients ayant vraiment des actions thérapeutiques
et ceux pouvant pénétrer dans le système
veineux sont interdits dans les cosmétiques (sinon,
ils deviendraient des médicaments).
En
revanche, certains ingrédients très courants,
tels que les PEG (polyéthylène glycols), pourraient
être responsables de certains points noirs et acnés.
Quantité d’autres ingrédients sont allergènes,
et on ne sait quasiment rien de leur action lorsqu’ils
sont combinés.
Qu’entend-on
au juste par produit naturel lorsqu’il s’agit
de cosmétique ?
La cosmétique fait appel à la technologie et
à la chimie à tous les niveaux, et ceci est
quasi incontournable pour des raisons d’hygiène.
Mais il y a technologie et technologie, chimie et chimie.
On nous dit que tout ce qui existe en cosmétique est
naturel, puisque, si on remonte suffisamment loin dans la
chaîne de production, tout, absolument tout vient de
la nature. C’est vrai… mais seulement en apparence.
De
nombreuses molécules utilisées en cosmétique
n’existent pas en fait dans la nature – même
si leurs composants évidemment en proviennent (molécules
de synthèse). L’écosystème cellulaire
ne « reconnaissant pas » ces molécules
inventées de toutes pièces, des conséquences
inattendues peuvent survenir (irritations, réactions
d’intolérance, allergies…).
Nous
réserverons donc le qualificatif « naturel »
- qui n’a pas de définition légale - aux
ingrédients et aux composés dont l’élaboration
n’a pas nécessité l’intervention
de manipulations chimiques ou technologiques lourdes, coûteuses
en énergie, polluantes, et qui modifient abusivement
ou totalement le composant d’origine. Les ingrédients
« naturels » ont subi, eux, peu de transformations
– principalement des transformations mécaniques
et chimiques primaires, telles que la distillation, la cuisson
ou le filtrage mécanique, la fermentation et l’oxydation
– laissent peu de résidus et sont aisément
recyclables et biodégradables. Les résidus de
l’industrie pétrolière, même neutre
sur le plan dermatologique, ne peuvent évidemment pas
entrer dans cette catégorie.
Le
point sur les réglementations officielles, et leurs
lacunes
Les réglementations officielles :
Une décision de la Commission européenne de
1998 oblige les laboratoires à mentionner sur les emballages
tous les ingrédients (ou presque) selon des règles
précises de nomenclature, les ingrédients étant
classés par ordre décroissant de concentration,
comme dans l’étiquetage alimentaire, mais pour
les premiers ingrédients seulement. Rien n’empêche
ainsi de placer un extrait de fruit à 0,001 %, bien
avant un conservateur toxique à 0,1 %…
Soulignons
d’autres lacunes de ces formules INCI : elles ne donnent
pas la concentration et ne précisent pas non plus les
procédés de fabrication ni la partie de la plante
utilisée.
Les
réglementations « bio » :
L’appellation bio n’est réglementée
que pour les produits alimentaires. On peut encore l’utiliser
en cosmétique sans que cela fasse référence
à l’agriculture biologique. Mais des cahiers
des charges existent (BDIH en Allemagne, Nature et Progrès
en France) et d’autres sont en cours de préparation
(Ecocert, Qualité France) qui interdiront vraisemblablement
ce genre d’appellations sans utilisation de produits
biologiques.
Vous
souhaitez en savoir davantage sur le sujet,
alors lisez la suite de l'article
d'Anne Andrault
A
lire : La vérité sur les cosmétiques,
de Rita Stiens :
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